Comme tu le verras en fin d'année de philo de terminale, s'opposent deux modèles de pensée vis-à-vis de la matière et l'esprit : l'une, centrée sur la matière, pense que l'esprit en résulte, grâce à certaines loi à laquelle elle obéit ; l'autre, centrée sur l'esprit, pense que la matière et le monde résultent du fait que nous les percevons.
En dehors de cela, il est vrai qu'il est très peu probable, et je pense impossible, qu'un jour on découvre des lois universelles qui régissent l'univers ; nous sommes limités au domaine que nous pouvons observer, bien moindre par rapport au domaine de ce que nous percevons comme existant.
Ensuite, notre conscience nous donne une certaine image de la réalité qui en cache une bonne partie (avant la perception des couleurs, elles "n'existaient" pas au sens des habitants actuels de l'univers) ; mais la réalité vidée de conscience pour la percevoir ne semble pas vraiment exister si rien ne la perçoit (il suffit de s'imaginer un univers parallèle privé de toute vie dans lequel s'effectuent des interactions, mais qui ne sont jamais perçues), ce qui rejoint une conception centrée sur l'esprit ; par ailleurs, les sciences tendent à montrer un esprit résultant d'interactions de la matière ; mais ces interactions si spécifiques à notre univers me paraissent étrange si elles définissent tout ; et ces modèles sont aussi issus de l'esprit lui-même. Enfin bref, on peut vite devenir fou à d'une part penser à un univers qui conçoit des esprits qui le perçoivent, d'autre part à penser à un esprit qui perçoit et conçoit un univers.
Le problème est que, si on reprend un univers vide de toute vie, fondé que sur de la matière et des interactions qui ne produisent rien de notable, on imagine bien qu'il existe au sens matériel, alors que si on se centre sur l'esprit, ce n'est plus le cas. Ou alors, peut-être qu'une forme de conscience y existe, forcément, qu'une sorte de système de perception, stockage et d'évolution s'y développe. Mais d'un autre côté, notre conscience réduite à des interactions fondamentales semble d'un seul coup bien vide de toutes nos perceptions si riche. Après tout, nous faisons parti de l'univers, nous le percevons, mais en dehors de lui-même, il n'existe plus au sens de l'esprit (personne ne le perçoit, sauf si c'était une simulation lancée par un psychopathe dans un univers parent qui contiendrait le nôtre, et pourquoi pas ce dernier simulé aussi par un autre univers parent [...] jusqu'à un ultime véritable univers, qui ne peut être simulé par l'un des univers qu'il simule pour des raisons évidente (stockage, vitesse d'exécution), et cela introduit une notion de temps qui est probablement absurde comme tu le dis)), et au sens matériel il restera impercéptible par ceux qui lui sont extérieurs ; et sera, au mieux, une gigantesque matrice à un certain nombre de dimensions qui n'a pas beaucoup d'intérêt. En quoi un tas de nombres dans une matrice à quatre dimensions produirait une conscience ? Qu'est-ce qui différencierait notre univers composé d'un tas de booléens rangés sagement dans leur petite matrice à n dimensions, de ce même type de tableau stocké sur un ordinateur ? Par ailleurs, cette même matrice peut être agencée d'un grand nombre de manière différente, bref, aucun moyen de lui donner vraiment un sens ; tandis que notre univers en a un, à nos yeux, là où il est difficile de s'imaginer qu'un tableau stocké on ne sait comment dans la RAM a produit un micro-univers doté de consciences.
Il me semble alors que si on admet que notre univers n'est qu'une gigantesque matrice, alors tout univers existe, c'est à dire que n'importe quel tableau à n'importe quel nombre de dimensions est un univers, qu'il soit quelque part ou non ; étant donné que dans ce cas il est admis que seule une matrice définit un univers, et qu'alors comme rien ne définit la manière dont est stockée la matrice, tout permet de la considérer. Une matrice dans un tableau à 3 dimensions stocké en RAM a autant de sens que la matrice constituée des horaires de métro. Enfin bref, tout existe, et alors se pose la question de la cohérence de l'univers : comment se fait-il que malgré tout l'univers reste cohérent si ce n'est qu'une matrice prise au hasard avec à cet instant donné un être humain qui a en mémoire un certains nombres de choses qui lui font définir l'univers ? Si la matrice est vraiment chaotique, normalement l'être humain se perd immédiatement dans le chaos des données (on se repère par rapport au temps, on avance de une unité élémentaire dans la colonne qui représente le temps, et alors là tout est différent). Peut-être que l'esprit ne reprend que là où l'univers lui permet de survivre, mais on peut très bien survivre dans un univers où un éléphant rose vient se présenter devant nous comme ça au milieu d'une pluie de dinosaures dans le ciel qui a trouvé bon de se transformer en pomme de terre. L'être humain, sa mémoire, et tout existe toujours, mais un éléphant rose apparaît d'un seul coup en avançant d'un pas dans la colonne "temps". Alors, ou nous sommes sacrément chanceux de vivre dans un univers où tout suit quelques règles de base qui nous semblent claires, ou ce modèle est faux.
Un univers défini numériquement me paraît ainsi impossible ; il faut un paramètre en plus pour lui donner un sens, mais lequel ?
Désolé pour le pavé incompréhensible, j'y ai sacrifié 45 minutes de révision de contrôle de maths (quand on a commencé, on veut pas laisser tomber, le piège habituel), et j'ai pas intérêt à perdre une heure à le simplifier
Enfin, je n'ai vu Matrix 1 que deux fois
